"Un monde d’après… humaniste, donc écologique et social. Comment fait-on cela sur un plan individuel ? Bien sûr les grands changements ne peuvent pas se faire sans l’appui de l'état et du politique, mais nous pouvons déjà faire beaucoup nous-même. 

 

Il s’agit de s’engager, nous artistes grâce à notre visibilité, à se motiver les uns les autres, à changer des habitudes ancrées et parfois inconscientes. En tant que personne publique de par notre fonction, notre rôle implique des responsabilités non pas seulement individuelles mais aussi collectives, face à la crise écologique que nous vivons. 

 

Pour ma part, j’essaye dorénavant de dire ce que je fais de juste pour la planète. Par exemple, dire dans une interview que je refuse tel concert aux Etats-Unis car je trouve déraisonnable de traverser l’atlantique pour un seul concert. 

 

En faisant cela, il ne s’agit pas de se mettre soi-même en avant ou au-dessus des autres. Mais au contraire d’éveiller peut-être une conscience collective. Et ainsi, pas à pas, changer nos façons de vivre la carrière de musicien. Ne plus vouloir forcément chanter/ jouer dans le monde entier, mais concentrer notre carrière dans les pays plus proches d'où on vit, par exemple. Et puis lorsque nous prenons l’avion, trouver une organisation via laquelle nous replantons des arbres. 

 

Ce sont des gestes simples mais qui demandent de s’impliquer et de faire quelques recherches, de sortir du conformisme qui est de voyager toujours plus, de gagner toujours plus, sans jamais se poser des questions. 

 

Être écolo comme on dit, c’est à son échelle être un citoyen qui se considère sur cette planète non pas comme un maître absolu, mais comme un être vivant parmi tant d’autres. Pourquoi notre manière d’être vivant, nous homo sapiens, devrait-elle détruire la planète et les autres formes de vie? 

 

Écoutons les oiseaux, ne mettons plus les animaux et les végétaux dans un seul « tas », dans le tas « nature » comme s’ils étaient là comme décor. Mais au contraire donnons leur l’importance qu’ils ont. Et c’est seulement quand nous ouvrons véritablement nos yeux et nos oreilles que nous réalisons que nous ne savons malheureusement plus grand chose du monde qui nous entoure. Mais il ne tient qu’à nous, artistes, d’inspirer avec nos instruments, nos voix, les êtres autour de nous. Et pourquoi pas, essayer par le biais de notre art, d’éveiller la conscience écologique. L’écologie n’est pas un label de « bien-pensance » mais une éthique de vie. Et comment faire de la musique sans éthique au fond ? 

 

Je conseille vivement de lire Manières d’être vivant de Baptiste Morizot, et Le bug humain de Sebastien Bohler."

 

Elsa Dreisig